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  • Héloïse Cordelles

Peur et tremblements

Dernière mise à jour : juil. 14



Aujourd'hui, dans ce post d'auteur, je vais vous parler du syndrome de l'imposteur. Je pense que si vous suivez des blogs tenus par des auteurs, vous n'avez pas pu passer au travers de ce phénomène toxique très répandu qui touche en majorité les artistes, qu'ils soient débutants ou confirmés. Dans ce billet, je ne vais pas me contenter de vous relater des faits, mais vous livrer également mon expérience personnelle. En effet, je "souffre" moi-même de ce syndrome depuis quasiment le début de ma carrière.


Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur ? Selon Wikipédia : "Les personnes atteintes du syndrome de l'imposteur, appelé aussi syndrome de l'autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s'attendent à être démasquées d'un jour à l'autre. " Je le précise : "se perçoivent" parce que, contrairement à la fin de la définition, je n'ai pas peur d'être démasquée puisque j'ai réellement écrit mes livres ! mdr


Je n'ai pas tout de suite connu ce syndrome… J'ai commencé à écrire mon premier livre en ayant relativement confiance en moi. Après tout, qu'avais-je à perdre ? Rien. C'était avant tout un loisir puisque j'avais déjà un boulot alimentaire qui faisait bouillir la marmite. Si je parvenais à toucher quelques personnes avec ma prose, j'en serais ravie ! Je m'étais assez bien documentée sur l'autoédition pour me rendre compte de l'ampleur des tâches qui m'attendaient. Mais, même pas peur, j'étais prête pour un cumul des fonctions ; je me suis donc lancée gaiement dans l'aventure. Advienne que pourra !


Ce syndrome m'est tombé dessus d'un coup d'un seul, vers la fin du premier jet. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais j'ai commencé à extrapoler, à stresser sur ce que les gens pourraient penser de mon livre. A partir de là, je savais que j'étais foutue ! J'avais mis le bras entier à broyer dans l'engrenage des pensées dévalorisantes. "Ton livre ne plaira pas." ; "Qui es-tu pour prétendre écrire ?" "Qui dépenserait le moindre centime pour acheter ton livre ?" J'ai dû mettre l'écriture en pause pour arrêter ce tourbillon déprimant… Ce que je considérais au départ comme un passe-temps était en train de plomber mon moral en général.


Je n'ai réussi à me remettre en selle que quelques semaines plus tard, mais le syndrome de l'imposteur ne m'a plus jamais quittée. A chaque phrase que j'écrivais, que je retravaillais, que je relisais, il était constamment là, comme un diablotin sur mon épaule en train de me souffler : "C'est de la merde !" (Bon, parfois, il avait raison aussi ! lol) Je suis arrivée à le museler comme j'ai pu pour arriver au bout de mon projet, mais que c'était difficile de devoir lutter contre soi-même pendant tout le processus qui mène à la publication ! Etre auto-éditée, c'est être seule à prendre des décisions finales, mais quand les doutes s'en mêlent, les états d'âme sont décuplés !


Pour aller plus loin, selon les deux psychologues qui ont "découvert" ce syndrome : "Il s'agirait en l'occurrence d'un fantasme masochiste sapant les mécanismes narcissiques et polluant l'existence du sujet affecté." Le mot est lâché : masochiste ! En effet, pourquoi, si lorsque j'écris, je me sens tellement mal, je continue à m'infliger ce mal volontairement ? Personne ne m'attend. Je peux arrêter à tout moment de "souffrir" inutilement. J'ai l'impression de porter la croix ! Pourquoi est-ce que je m'entête dans cette voie ? Hum, si quelqu'un a une idée, qu'il me la donne ! lol


J'ajouterai qu'en plus d'être masochiste, le syndrome de l'imposteur a tendance à me rendre schizophrène et légèrement dépressive. Rien que ça ! J'ai peur de réussir et, en même temps, j'ai terriblement peur d'échouer. C'est là, tout le paradoxe ! D'ailleurs, l'illustration plus haut retranscrit parfaitement mon état. Quand je reçois un compliment, mon premier réflexe est de le rejeter ; c'est pareil quand une lectrice me dit qu'elle a acheté un de mes livres, je frôle la tachycardie, alors que, au contraire, ça devrait me faire plaisir qu'elle s'intéresse à mon travail. Mais impossible de me détendre réellement ! Par contre, quand mes livres font un flop ou se ramassent des mauvaises critiques, eh bien je déprime pendant quelques jours. En clair, aucune situation n'est confortable pour moi parce que mon humeur ne cesse de faire le yoyo…


Ce syndrome fait que je ne supporte pas non plus la pression. J'ai déjà fermé par deux fois ma page auteur Facebook sur un coup de tête, pas parce que ça n'allait pas, mais parce que ça allait trop bien justement ! Alors, quand je parle de pression, ce n'est pas des milliers de lecteurs qui attendent après mon livre. Il suffisait qu'il y en ait quelques uns qui me disent : "Ah, j'ai hâte de découvrir ton nouveau livre" pour que ce soit la panique à bord ! Je stresse, je transpire et je me dis que mon livre ne vaut pas toute cette attente. Que les lecteurs vont être déçus… Et me voilà au fond du trou. Je sais que ces variations d'humeur agit sur mes histoires ; j'ai beau me dire : "j'écris d'abord pour moi", il y a cette pression inconsciente de plaire aux lectrices. J'essaye de passer outre, mais, encore une fois, que c'est difficile !


Maintenant, vous connaissez les phases émotionnelles par lesquelles je passe pendant que j'écris, pendant que je corrige, ou encore après la sortie d'un livre. Qui a dit maboule ? ^^ C'est vrai que je ne suis jamais vraiment sereine et ça fait sept ans que ça dure ! Je sens que je ne vais pas faire de vieux os à la retraite… lol Alors, entendons-nous bien, ce n'est pas pour autant que je n'aime pas recevoir de gentils messages. Au contraire. Ca me fait énormément plaisir sur le coup, même si je stresse à mort. C'est là toute la complexité du genre humain. Paradoxal. Eternel insatisfait.


Je vais conclure sur une notion avec laquelle je ne suis pas forcément d'accord : "Les victimes du syndrome de l'imposteur ont donc tendance à rejeter systématiquement le mérité lié à leurs travaux et attribuent leurs succès à des éléments extérieurs comme la chance, le travail acharné, leurs relations, certaines circonstances exceptionnellement favorables…" Il est vrai que vous retrouvez souvent cette expression : "J'ai de la chance !" sur mon blog. Je le pense sincèrement et cela n'a rien n'avoir avec le syndrome de l'imposteur. Il y a une énorme part de chance dans le métier d'auteur (des lectrices qui se penchent sur mes écrits, la romance, un genre vendeur pour l'instant). Il y a des facteurs autres que le travail fourni. Sinon, pourquoi tel auteur est plébiscité ou arrive à tirer son épingle du jeu alors qu'un autre a du mal à décoller ? Chacun fait ce qu'il peut pour gagner en visibilité dans cette jungle littéraire. Alors, quand je considère les milliers de livres qui sortent par mois, et plus par an, et que je parviens à écouler quelques exemplaires par mois, oui, j'affirme haut et fort que j'ai beaucoup de chance ! ^^


@ bientôt donc pour un nouvel article !

D'ici là, prenez soin de vous. ♥

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